Les oties - aïe!
J'ai un grand jardin. Mais malheureusement il n'est pas assez grand pour y accueillir des moutons (sinon le choix aurait été déjà fait depuis longtemps).
Mais j'ai autre chose: Chaque année j'ai -involontairement- un élevage intensif d'orties. Oui oui des orties de compét! plus grand que moi (bon c'est pas trop difficile non plus!)
Jusqu'à présent ces orties m'ont servis d'engrais pour le potager et (finement haché) de nourriture pour les poussins. Mais pour l'instant je suis restée là.
Au contraire d'autres je ne les cuisine pas. Tout simplement parce que je n'aime pas leur goût. On a le droit de ne pas aimer des choses :)
L'année dernière ma voisine (en pleine études de mode et design) m'a parlé de son projet de travailler la fibre d'ortie. Alors j'ai donnée un coup de main sur les points techniques et j'ai prêté des outils. Et cette idée m'intriguait beaucoup.
Nos ancêtres ont bien utilisés ces fibres là. Dans les pays germanophones le mot "Nessel" ou "Nesselstoff" est encore présent, même si aujourd'hui c'est rare que ces draps de moindre qualité sont réellement fait à partir de la fibre d'ortie.
Mais commençons à nous intéresser au procédé archaïque et simpliste que j'ai choisi pour faire mes expériences. Attention: je ne suis ni historien ni expert en industrie textile, je suis juste une passionnée de filage et une curieuse qui veut expérimenter à tout prix.
1. La récolte
J'ai effectué la récolte en plein hiver. Cela pour deux raisons : primo, ça ne pique plus, car les feuillages sont tombés et ce n'est plus que la tige qui est debout...et je porte des gants parce qu'il fait froid! secundo, l'alternance entre fortes chaleurs, pluies et froid a ramollit les tiges, laissant accès plus facilement aux fibres. Avec un peu de recul j'aurais éventuellement pu les cueillir à partir d'octobre, car il y avait peu debout après la neige et les fortes pluies
2. Le séchage
Je les ai laissé sécher pendant un bon mois (ok, je les ai un peu oublié!) à proximité d'un radiateur.
3. Casser la croûte
Je vous conseille pour les prochaines étapes de protéger vos mains avec des gants si vous avez la peau sensible. Il sera préférable aussi d'effectuer ces choses à l'extérieur avec des vêtements qui peuvent se salir.
N'ayant pas d'outils pour le lin, mais connaissant le principe j'ai pris les fibres entre les deux mains pour les torde. Il cassent légèrement laissant apparaître des parties boiseuses et des fibres brutes.
Ensuite il suffit de séparer ces deux types de matériaux.
4. Regardons de plus près
En séparant les fibres de la partie bois, on remarque que la qualité de ces fibres n'est pas tout à fait uniforme : à la surface extérieure les fibres sont souvent plus longues, plus solides et plus verdâtres, tandis qu'à l'intérieur (quand on s'approche de la partie boisé) on trouve des fibres très fines (plus fines que les fibres de lin ou de chanvre, mais aussi un peu plus courtes).
5. Extraction des fibres fines
N'ayant pas en ma possession des peignes de lin (je cherche sur les brocantes mais je n'ai pas encore trouvé mon bonheur!), j'ai opté pour deux cardes gros calibre avec des double rangées de pins. ça fait l'affaire mais ce n'est pas l'idéal!
Mais au bout de quelques tours j'ai obtenu un résultat acceptable (on est sur un essai, je n'ai pas la prétention de refaire ma garde-robe entière à base des orties!).
La prochaine fois j'opterais éventuellement pour une planche avec des clous!
6. Filage
J'ai réfléchis longtemps si je devrais utiliser le rouet prédestiné au filage de lin ou si un fuseau sera mieux. Finalement je me suis dit que le fuseau fera bien l'affaire (restons dans l'ancestral!) car je pourrais utiliser le parc-and-draft si vraiment la fibre est trop compliqué à filer.
J'ai quand même pris la précaution de me mouiller les doigts comme j'ai l'habitude de faire en filage d'autres fibres de plantes (lin, chanvre, ramie...)
Et finalement j'ai découverte un fibre qui est très facile à manier car elle a une longueur très agréable. Plus facile à mon sens que le lin. J'arrive à produire un fil fin.
Si j'aurais trié un peu plus rigoureusement (ou encore plus de tours sur la carde) le fil sera certainement encore plus régulier.
7. La finition
Je ne vais pas faire de retord, car classiquement les fibres comme le lin et chanvre ne nécessitent pas de retord. Par contre, je serais tenté à le mettre sous eau bouillante, car ce type de fibre (au contraire de la laine) gagne en souplesse par un traitement de chaleur.
8. Les suites du projet
Un pull en ortie??? NON. Je ne sais pas encore précisément ce que je vais faire avec mon échantillon. Peut-être juste le garder en pièce d'expo? Ou alors le tisser sur un métier à cartes?
Honnêtement, je ne sais pas encore. Je suis juste à nouveau ébloui par prouesse technique de nos ancêtres qui ont su transformer une plant si hostile en tissu pour partir à la conquête des coins hostiles de la terre.
J'encourage vraiment à essayer, l'ortie est une fibre locale par excellence, peu gourmande en énergie, gratuite, et finalement pas si compliqué à extraire et travailler. Je pense pas que c'est la fibre idéale pour les débutants mais si vous avez déjà un peu d'expérience ça pourrait être un défi.
Bon filage à vous !